LE
PREMIER ministre Stephen Harper a
présenté jeudi des excuses
officielles à la communauté chinoise
du Canada pour les discriminations
qu'elle a subies par le passé. À la
fin du XIXe siècle, le gouvernement
canadien avait imposé une taxe
d'entrée aux Chinois pour les
dissuader d'immigrer au Canada.
«Ces mesures étaient
honteuses... Au nom de tous les
Canadiens et du gouvernement, nous
présentons des excuses complètes aux
Canadiens d'origine chinoise pour la
taxe d'entrée et nous sommes
profondément désolés de l'exclusion
des immigrants qui a suivi»,
a déclaré Stephen Harper jeudi à la
Chambre des communes.
Des
sommes considérables
Entre
1885 et 1923, plus de 80 000
immigrants chinois ont dû payer une
taxe pour entrer au Canada. De 50
dollars en 1885, la Head Tax est
passée à 100 dollars en 1900, puis à
500 dollars en 1903. Ces sommes,
considérables à l'époque,
représentaient des années de salaire
et étaient censées dissuader les
Chinois de venir s'installer au
Canada.
Dans un vibrant
hommage à l'influente communauté
sino-canadienne, le chef du
gouvernement conservateur a rappelé
que la construction du chemin de fer
canadien Pacifique est due pour
l'essentiel à la ténacité de ces
dizaines de milliers de Chinois. De
1923 à 1947, le gouvernement a
interdit aux Chinois d'immigrer au
Canada. Certaines restrictions ont
existé jusqu'en 1967. «Pendant plus
de six décennies, ces mesures
fondées sur la race visant
exclusivement les Chinois ont
délibérément été appliquées par
l'État canadien. Ce fut une grave
injustice, injustice que nous avons
l'obligation morale de reconnaître»,
a affirmé Stephen Harper. Lors d'une
cérémonie emprunte de repentance, le
premier ministre a remis des
certificats d'excuses à quelques-uns
de la trentaine de survivants de
cette époque. Pour la plupart
centenaires et en chaises roulantes,
ces derniers recevront une
compensation de 20 000 dollars.
Le gouvernement Harper a en
outre promis d'aider les
associations chinoises. La ministre
du Patrimoine, Beverly Oda, a ajouté
: «Les fonctionnaires de mon
ministère travailleront
d'arrache-pied dans les mois et les
années qui viennent pour renforcer
le sentiment d'appartenance des
Sino-Canadiennes et des
Sino-Canadiens, et de toutes les
communautés au Canada.»
Ces
excuses interviennent alors que les
Sino-Canadiens sont devenus l'une
des communautés les plus influentes
du Canada. Si le gouvernement
reconnaît les torts historiques
infligés à la communauté chinoise,
le premier ministre a déclaré, non
sans ironie : «Le peuple canadien
est juste et bon, et il prend des
mesures réparatrices lorsqu'il s'est
trompé.» |