Parfum de Chine À la rencontre de la culture chinois
Tous les mardis à 19h00 à l'antenne de
CKIA FM 88,3
Animation et réalisation: Lya WU Bin et Michel Parent
Mise en ondes:
Alain Lalancette
Écouter sur Internet:
CKIA en direct
sur toute la planète
offert
par
Mega Québec
Diffuseur de Services Internet
Voici le verbatim de la simulation d'entrevue
réalisée à partir du texte que nous a fait
parvenir monsieur Serge Granger, auteur du
volume "Le lys et le lotus, Les
relations du Québec avec la Chine de 1650 à
1950".
Monsieur Granger était en voyage en Indes et il
a eu l'amabilité de nous faire parvenir ces
réponses par courriel. Nous l'en remercions.
Cette entrevue a été diffusée au cours de
l'émission du 8 novembre 2005. Les questions
étaient posées par Lya Wu Bin et les réponses
lues par Michel Parent.
Qui est Serge Granger l’auteur du volume « Le
lys et le lotus »?
Serge Granger enseigne l’histoire de l’Asie dans
différentes universités dont l’Université du
Québec à Montréal. Il détient un doctorat en
histoire de l’Université Concordia depuis 2002.
J'aimerais avoir une idée de ce qui vous a
poussé à écrire ce livre?
Ce livre est une version de ma thèse de doctorat
soutenue à l'Université Concordia.
Tout a commencé quand l’un de mes amis m'a donné
un livre datant 1930, intitulé les Canadiens en
Chine. À l'époque, je finissais ma maîtrise sur
les efforts français au Yunnan.
Je me dirigeais vers une thèse sur la
francophonie en Chine, mais l'idée d'en faire
une sur les relations Québec Chine se précisait
au fur et à mesure que je trouvais d'autres
livres québécois sur la Chine.
À ma grande surprise, j’ai constaté qu’une
quantité importante de livres et journaux furent
publiés sur la Chine au Québec.
J'entamais donc des recherches qui durèrent 6
ans pour enfin faire la synthèse de tout ce
matériel.
Quels étaient vos objectifs en écrivant ce
livre?
J'espérais écrire un livre qui démontre que la
mondialisation, peu importe la distance
culturelle et géographique, s'effectue par des
acteurs aussi lointains l'un de l'autre.
Je voulais aussi prouver qu'il y a une dimension
orientale au Québec car la plupart des
historiens oublient leur propre histoire, du
moins celle qu'ils ignorent.
Finalement, je voulais démontrer que les Chinois
ont contribué à l'histoire du Québec et vice et
versa.
J'ai longuement voyagé en Chine et ce livre est
mon aboutissement sur le plaisir que j'ai eu à
visiter ce pays et à apprécier ce peuple.
Selon vous est-ce que la mondialisation est
un phénomène récent?
Je crois que la mondialisation est un processus
qui s'est entamé il y a 4 siècles, mais que
depuis les 20 dernières années, elle s'est
rapidement introduite dans nos vies. L'Internet
et la chute du mur de Berlin (ou celui de la
Grande Muraille devrais-je dire) ont rapproché
la Chine du Québec.
Ce processus ne va que s'accroître, car la
diaspora chinoise au Québec et le nombre
croissant de Québécois qui vont en Chine
favoriseront une meilleure compréhension des
peuples.
Pensez-vous qu’il y a un lien entre les
relations historiques du Québec avec la Chine et
le phénomène de l’adoption d’enfants chinois par
les Québécois?
Le fait que les Québécois adoptent 5 fois plus
d'enfants chinois que la
Colombie-Britannique, et 50% de plus que
l'Ontario, démontre que ce lien historique joue
encore sur notre société.
Près de la moitié des enfants adoptés au Québec
sont d'origine chinoise.
Certains vous diront que les conditions
d'adoption en sont les raisons pour lesquelles
les Québécois adoptent des Chinois, mais ces
conditions sont les mêmes pour la
Colombie-Britannique et l'Ontario.
J'y vois plutôt un réflexe historique, une
fascination qui dure depuis un siècle.
Est-ce que les Québécois et les Chinois
partagent des valeurs communes ?
Je crois que le Québec et la Chine partagent
certaines valeurs et philosophies.
Grossièrement, nous pouvons faire un parallèle
entre trois philosophies chinoises et
québécoises.
1- Le légisme avec une forme de contrôle
étatique; un État interventionniste; le
nationalisme d'état québécois.
2- Le confucianisme avec une morale et un esprit
catholique qui caractérisent encore le
conformisme québécois.
3- Le taoïsme avec l’esprit libertaire des
coureurs des bois, ainsi que le refus de se
plier à la morale.
Bien que ces trois philosophies soient en pleine
mutation, je vois les changements en Chine comme
un rapprochement vers des valeurs québécoises.
Également, la génération québécoise montante
porte beaucoup plus d'attention envers ses
enfants que celle qui la précède.
En ce sens, la responsabilité familiale est une
valeur en croissance au Québec après 30 ans de
déclin.
Vous mentionnez des similitudes, mais vous
avez sans doute en tête quelques différences?
La différence notable entre les deux peuples
réside dans la conception de la gouvernance.
Au Québec, nous aimons critiquer mais nous
manquons parfois de solutions à nos problèmes.
Tandis que les Chinois gardent des réserves sur
la critique du gouvernement. Je pense qu’il est
normal qu'après des campagnes politiques
désastreuses comme la Révolution culturelle, les
Chinois désirent se taire.
Donc, une similitude qui passe souvent sous
silence c'est le refus de l'affrontement. Les
Chinois et les Québécois préfèrent la paix à la
guerre.
Les Québécois devraient-ils craindre ce que
certains ont appelé le péril jaune ?
Je crois que nous sous-estimons nos similitudes
pour des raisons d'ignorance.
Depuis l'émergence de la Chine dans l'économie
mondiale, j'entends souvent un genre de discours
qui rappelle la folie du « péril jaune » et cela
m'inquiète, car ce sont souvent les médias qui
soulignent la suspicion envers la Chine.
Par contre, si vous expliquez au Québécois que
la Chine était la nation la plus riche du monde
vers 1800 et qu'il est tout à fait normal que
les Chinois veulent travailler, la notion de la
crainte envers la Chine prend une autre forme.
La clef de l'acceptation des Chinois au Québec
réside peut-être dans leur capacité à parler
français et même à fredonner des chansons
québécoises.
Pratiquement tous les Québécois sont prêts à
accepter des Chinois qui chantent « Gens du pays
», la preuve nous en adoptons des milliers.
Que pensez-vous qu’il faut faire pour
favoriser les relations entre les Québécois et
les Chinois ?
Je crois qu'il faut éduquer les Québécois sur la
Chine et les Chinois, car la plupart d'entre eux
respectent cette civilisation de la même manière
qu’elle désire obtenir le respect des autres
peuples.
Également, les Chinois doivent comprendre ce que
veut dire la protection de la culture au Québec.
La Chine possède une culture vénérable, et le
Québec désire aussi que sa culture soit vénérée.
Merci de votre intérêt.
Serge Granger
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